Longtemps, on a donc reconnu
l’édifice roman à son mode de couvrement, la voûte en berceau étant
sa technique d’excellence. Il est vrai que le développement de l’art
roman est lié aux progrès de la taille et de l’assemblage de la
pierre et que en ce sens, la voûte en berceau et aboutissement et
point de départ d’une recherche. Mais ce critère ne suffit pas.
Qu’il soit doté d’une couverture charpentée, de coupoles, d’une
voûte en berceau plein cintre ou brisé, ou même d’ogives, l’édifice
roman exprime la synthèse d’une réflexion sur chacune des parties
du monument, considérée dans son rapport au tout.
L’éclosion et le développement de cet art ne
se font pas partout au même moment, de la même manière, ni avec
la même réussite.
Les premières tentatives de voûtement apparaissent
dès le milieu du Xe siècle dans le midi de la France à Saint-Michel
de Cuxa et Saint-Martin
du Canigou. Très peu de monuments subsistent de cette époque.
Saint-Philibert de Tournus
en est l’exemple le plus accompli. L’usage de la sculpture sur le
linteau de Saint-Genis des
Fontaines manifeste déjà le désir d’intégrer le décor au mur.
Dans le deuxième quart du XIe siècle, les chantiers
se multiplient. Le style roman s’affirme avec les progrès de la
voûte et le système des travées qui rythment l’espace de la nef.
Vers 1060, l’aire géographique de l’art roman
s’étend avec l’avancée de la Reconquista en Espagne et la conquête
de l’Angleterre par les Normands (1066).
L’augmentation des ressources et l’amélioration
des techniques favorisent la réalisation de projets toujours plus
audacieux. L’édifice est entièrement voûté : en berceau à Saint-Savin,
en berceau sur doubleau à Saint-Sernin
de Toulouse.
En sculpture, le chapiteau qui était jusque là
essentiellement décoratif, devient historié : le sculpteur
y représente des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament qu’il
adapte à la forme de la corbeille.
A la fin du XIe siècle, la voûte en berceau ou
en berceau sur doubleaux cède souvent la place à d’autres formules :
coupoles, voûtes d’arêtes, berceau brisé, ogive. Ces solutions nouvelles
permettent un meilleur éclairage de la nef en même temps qu’une
plus grande hauteur sous la voûte grâce à une répartition plus judicieuse
des poussées. Cluny III
est la plus belle illustration de ces recherches.
Le grand décor sculpté trouve sa place au porche
des églises. Le tympan, le linteau, le trumeau et les ébrasements
du portail se couvrent de représentations de l’Apocalypse, du Jugement
Dernier ou de la Pentecôte (Beaulieu,
Conques, Vezelay
ou Compostelle) tandis
que de grand cycles historiés envahissent les cloîtres (Moissac).
A partir de 1130-1140, deux évènements modifient
le paysage architectural. Les cisterciens créent leur propre architecture,
d’une stéréotomie parfaite et d’une beauté dépouillée ; d’autre
part l’art gothique naît en Ile-de-France d’où il va rayonner pour
s’imposer très vite en Europe.
A
la fin du XIIe siècle, les derniers feux d’un art roman tardif en
Provence, Roussillon, en Auvergne témoignent encore de la vigueur
d’une style qui résiste à l’art gothique à Saint-Gilles-du-Gard, Serrabone.
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