2) Les églises romanes

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La basilique D'Ainay

Splendeurs et lumières des grandes églises romanes

    Les yeux d’aujourd’hui, malheureusement, ne voient plus ces splendeurs, quand encore ni le temps ni les hommes n'en ont effacé le souvenir, qu’à travers les déformations dues aux restaurations et grattages. Même la patine séculaire qui, par privilège, les enveloppe, n’est qu’un manteau mensonger : ce n’est pas ainsi qu'on pouvait contempler grande église romane mais plutôt rutilante d’atours et de brocarts, alourdie d’ors, de couleurs et de flammes. Une sculpture ornementale et une statuaire des portails en est aussi une partie indissociables (comme on pourra le voir dans la partie "Le symbolisme"). Certaines des grandes églises romanes étaient peintes entièrement à l’intérieur. Au sanctuaire de pèlerinage de Saint-julien de Brioude, une restauration récente a fait découvrir, sur les piles, une polychromie aux tons violents et aux marbrures déconcertantes d’audace. Le milieu poitevin, tourangeau, angevin, paraît avoir nourri une prédilection spéciale pour ces vaisseaux magnifiquement colorés, dont les tons actuels, passés et ouatés, ne sont qu’un halo attiédi. Là, l’extraordinaire richesse, la verve, la vivacité, la luxuriance de la peinture murale n’apparaissent plus comme un remplacement commode de la mosaïque trop onéreuse et hors de portée, comme il en pouvait être ailleurs, mais comme une technique propre, accomplie et conformée à ses lois de métier particulières, éblouissantes d’invention.

On peut tout d'abord se demander pourquoi les monuments antérieurs au XI e siècle sont-il si rares ?

    Les raisons en sont d’abord les invasions et les pillages des Normands, puis les guerres féodales qu’enraya Charlemagne, enfin l’incendie qui à lui seul détruisit, en 997, Saint-Martin de Tours et vingt-deux autres églises. Pour remédier à de tels désastres les architectes résolurent de voûter leur édifices; cette idée se généralisa et déclencha une période de grandes entreprises. C’est alors que les rois, les conquérants, les princes, ducs et comtes, les évêques et les moines couvrirent la France de toutes les églises romanes dont nous avons déjà pu analyser les éléments architecturaux dans la partie Architecture, mais que nous allons maintenant étudier selon leur mode de construction et plan.

            On a vu que les arcades sont en plein cintre et clavée normalement jusqu’à la fin du XI e siècle. Ensuite, est donc apparu « l’arc brisé », obtenu par deux coups de compas de même rayon tirés de centres différents placés sur une même horizontale (il est souvent et improprement appelé « ogive »). Un tel arc a permis de donner aux impostes des petites travées même hauteur qu’à celles des grandes travées. De par sa forme il pousse moins que le plein cintre (à densité et volumes égaux). Ses joints rayonnent autour de ces deux centres. La pile cruciforme (en plan) reçoit la retombée de l’arc qui comprend, dès le XI e siècle, un rouleau principal et une archivolte. Elle est souvent cantonnée de colonnes engagées. Généralement, les collatéraux sont surmontés de galeries aveugles ou éclairées par des fenêtres présentant à l’intérieur des ouvertures géminées, le « triforium », séparées par une ou deux colonnes surmontées d’un tailloir de l’épaisseur du mur. Le triforium est un élément constructif (décharge des formerets) en même temps que décoratif.

            Les systèmes de voûtes sont, on a vu, multiples. Le berceau plein cintre , a son intrados (la face intérieure concave) interrompu de distance en distance par des arcs doubleaux (berceau nervé). Certains archéologues considèrent ces doubleaux, constructivement parlant, comme indépendants de la voûte, d’autres soutiennent qu’ils forment avec le berceaux un seul et même tout. Comme les berceaux sont les voûtes qui poussent le plus au vide et exigent des butées considérables pour être efficaces, les nefs latérales, de moindre hauteur, constituèrent alors donc une première butée ; insuffisantes encore elles furent renforcées par des contreforts ou éperons disposés au droit des doubleaux et l’extérieur du mur « gouterrot » (mur latéral recevant l’égout du toit). Le berceau brisé fut donc d’un heureux emploi. Plus souple, et poussant théoriquement moins, il permit d’élever davantage la nef qui fut éclairée par des fenêtres percées au-dessus des collatéraux (ceci n’étant qu’hypothèse rationaliste). L’ingénieux berceau transversal est jeté perpendiculairement à l’axe de la nef dont les tympans sont ajourés d’ouvertures éclairant l’édifice. Les poussées latérales n’existant plus, il ne reste que les poussées longitudinales que les massifs de tête (narthex et chevet) absorbent. Enfin la voûte d’arête s’applique admirablement aux plans des églises divisés en travées qu’elle recouvre successivement. Elle facilite, comme dans le cas des berceaux transversaux, l’éclairage par les tympans du vaisseau central. Sa poussée, localisée aux arêtes, est reçue par les supports isolés qui ne sont autres que les piles cruciformes et les murs latéraux. La voûte d’arête, dans la région clusienne (XII e siècle), semble être une des plus perfectionnées de l’époque. Elle se caractérise par la forme plein cintre de ses arcs diagonaux qui implique le surhaussement des arcs de tête; ses panneaux sont fortement bombés.

             On a pu voir que les architectes romans couvrirent aussi les nefs de coupoles se raccordant sur des travées à plan carré, soit par pendentifs en triangle sphérique, soir par pendentifs en  trompe  avec  trompillon , soit enfin par une décharge à pans coupés et il existe aussi, dans certaines régions, des églises non voûtées à charpente apparente. Souvent, des murs-tympans servent d’appui aux pannes. Un lambrissage caissonné en décore la sous-face et cache les chevrons.

            Toutes les églises voûtées reçoivent une couverture de tuile, d’ardoise, de plomb, de bardeaux ou de loses, sans chéneaux.

            La corniche ne joue plus son rôle de larmier, c’est un bandeau à chafrein, qu’accompagnent des modillons fleuris ou des masques. Elle n’est qu’un encorbellement pour la couverture qui la dépasse et s’égoutte librement.

            Au centre de la façade se trouve la porte principale avec ses voussures et ses colonnettes. L’archivolte est un arc plein cintre ou brisé. La baie est limitée par des piédroits et un linteau, elle est surmontée d’un tympan, muet au XI e siècle, sculpté au XII e. Des statues-colonnes se dressent dans les piédroits (Saint-Trophime, Autun). La menuiserie des portes est souvent réduite à des traverses et des bracons à panneaux, au Puy les vantaux sont tapissés de sculptures à léger relief.

            L’ornement des édifices romans s’applique aux différents membres de leur structure, qu’il rehausse avec une exceptionnelle logique. Le mur est décoré de marqueterie faite d’enduits blancs ou colorés de poussière de tuile rouge et guillochés à l’outil ; d’autres fois il est paré de polygones réguliers découpés dans la lave grise (région auvergnate). Les arcs sont parés de moulures et d’ornements sculptés dans la masse : billettes, besans, bâtons rompus comme en Normandie, ou rinceaux et feuillages comme dans les Charentes. L’intérieur des églises est parfois décoré de fresques. Les fenêtres sont assez étroites et ébrasées, elles sont d’abord munies de dalles de pierre ajourées ; plus tard de verres maintenus dans des châssis de bois.

             « L’art classique, écrit A. Choisy, n’a connu qu’une harmonie abstraite fondée tout entière sur des rapports ; mais c’est au Moyen âge qu’appartient l’art d’accuser les dimensions, le principe de l’échelle. » En effet, l’architecture du Moyen âge est entièrement subordonnée à la hauteur d’assise qui se répète dans toute la construction : mur, piles, colonnes, chapiteaux, piédroits des portes.

            Il paraît donc sur que les maîtres d’œuvres et les compagnons tailleurs de pierre ontt appliqué aux édifices certains tracés issus de la géométrie ou de rapport de nombres. . Le plan de l’abbaye Saint-Gall indique pour les dimensions de l’église des nombres et des rapports qu’on ne saurait imaginer plus simples. Les constructeurs romans connaissaient les corrections optiques créant des illusions préméditées ; l’église de Civray, par les changements de hauteurs et de largeurs de ses arcatures, en est la preuve. On pourra étudier la géométrie purement mathématique des tracés et également la signification symbolique de cette géométrie.

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       Voyons maintenant ce qu’était le plan type d’une église romane.

Tout d’abord le « narthex » (l’ancien lieu de réunion des catéchumènes) avec ses trois nefs et sa chapelle haute, puis le vaisseau qui fait suite comporte une nef centrale flanquée d’un ou deux collatéraux, ce dernier est coupé par un « transept» simple ou double, qui dessine les bras de la croix ; sur chacune de ses branches s’ouvrent une ou deux chapelles. Les collatéraux se prolongent au delà du transept, dans l’abside et deviennent le « déambulatoire » ou « carole » qui contourne le « chœur », sous lequel est la crypte aux reliques. Du déambulatoire, les chapelles des saints rayonnent, saillent et forment autour de l’abside une couronne « d’absidioles ». Tel est le plan « basical » qui en vérité est le plan liturgique simple. Certains plans dérivent des formes carolingiennes. D’autres comme le plan « bénédictin » rappellent le plan type, mais les chapelle au lieu de rayonner sont disposées côte à côte ; le plan « cistercien » n’en diffère que par les chevets plats des chapelles accolées. La façade romane exprime le plan, accuse la destination du monument et en révèle la structure. Le « parti » du constructeur roman, dont tous les éléments sont accordés, est un exemple d’absolue loyauté architecturale.

    Pour illustrer d'un exemple précis, nous nous sommes rendues à la basilique Saint Martin d'Ainay qui se trouve dans le second d'arrondissement de notre ville Lyon. L'étude du plan est donc un bon moyen de comprendre plus facilement l'architecture d'une église romane. 

Vers la basilique Saint-Martin-d'Ainay

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Dernière modification : 12 janvier 2003.