Ainsi l'art roman architectural se caractérise tout d'abord
par des transformations successives qui viennent enrichir le plan
de l'ancienne basilique : l'espace intérieur se voit fractionner
(travées, chapelles accolées à l'abside, déambulatoire
à chapelles rayonnantes , etc.), tandis que des systèmes
variés de voûtes de pierre (voûtes d'arêtes,
berceaux) sont étendus à tout l'édifice. De
plus, sculpture (chapiteaux, tympans...), peinture murale, vitrail,
sculpture sur bois, ou encore orfèvrerie de l'époque
sont indissociables à cette architecture. A chaque technique
est associé un symbole bien particulier et étudié
: aussi bien le tracé, les proportions utilisées,
les couleurs employées, les icônes disposés...
Tout cet ensemble, nouvelles techniques et symboles, définie
alors l'Art Architectural Roman.
Si l'on excepte certains
bâtiments intégrés à des ensembles d'architecture
monastique non directement liés au culte (granges, écuries,
hôtellerie, etc.), il ne subsiste à peu près
rien de l'architecture civile romane. Quelques habitations seigneuriales
de la première moitié du XIIe siècle, comme
le palais épiscopal d'Auxerre (1116-1136), présentent
une suite ininterrompue de baies en plein cintre, disposition typique
de la plupart des demeures de l'époque et que l'on retrouve
sur la façade romane de certaines maisons bourgeoises de
Cluny et de Clermont-Ferrand. Bien que très restaurés,
l'hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne),
celui de La Réole (Gironde) et, en Italie, le palazzo della
Ragione de Vérone (1193) permettent de se faire une idée
du style qui présidait à l'élaboration d'un
grand édifice civil à la fin du XIIe siècle.
Deux ouvrages d'art, le pont Saint-Bénezet à Avignon
(achevé en 1189) et le pont d'Airvault (Deux-Sèvres),
sont pratiquement les seuls témoins des travaux communaux
d'intérêt public construits en France avant le XIIIe
siècle. En ce qui concerne l'urbanisme proprement dit, la
vieille cité de Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales),
derrière son enceinte fortifiée du XVe siècle,
compte parmi les très rares villes françaises qui
laissent apparaître un tissu urbain d'époque romane,
antérieur au XIIIe siècle. Châteaux forts dotés
d'un donjon de pierre (création romane dont le château
de Langeais est en France l'un des premiers, vers 992-994, à
être doté) et remparts constituent l'essentiel de l'architecture
militaire de style roman, mais presque tous les remparts de ville
médiévaux encore debout appartiennent à la
période gothique. Construite à la fin du XIe siècle,
l'enceinte fortifiée d'Ávila, en Espagne, est une
brillante exception et présente, avec ses 88 tours semi-circulaires
et ses milliers de créneaux, le plus imposant monument de
ce type.
Ainsi l'art roman visible
aujourd'hui est pratiquement seulement religieux, c'est pour cela
que le symbole roman, nous l'avons
vu, manifeste une présence : la présence divine. On a pu se demander
si il rejoint d'autres symboles sacrés : et en effet il retrouve
les grandes lois qui régissent l'univers. Le symbole roman s'incorpore
ces divers symboles et les fait participer à une commune vérité.
La
fonction du symbole est donc d'éveiller l'homme et de le ramener
à son principe originel, c'est à dire au plan du sacré dans lequel
tout est ordre, mesure, proportion. L'art de bâtir comprend un plan,
une structure, une distribution. La sectio aurea déjà employée
par les Égyptiens, reprise par Pythagore, Eudoxe de Cnide
et Euclide, est à la base de la construction romane. On aura donc
pu comprendre et surtout se rendre compte à quel point plans, et
techniques utilisées lors de la décoration ou de la construction
sont intimement liés au symbole et donne naissance à ce qui peut
s'appeler l'Art Roman.
On
peut maintenant se demander qu'elle est l'héritage de cet
art roman. Le romantisme
qui fleurit au début du siècle dernier fut une révolte
contre un engourdissement qui trouve son expression dans le néoclassicisme.
Les hommes de cette période se mirent à nouveau à
chercher et à aimer ce que les " classiques " avaient
écarté : la naïveté, l'irrationnel, le
rêve, le grotesque - valeurs que l'on redécouvrit dans
l'architecture et dans la sculpture romanes. Mais il en résulta
du même coup un nouveau blocage du passé : avec le
gothique, le roman fut considéré comme le style religieux
par excellence, celui que les autorités ecclésiastiques
prescrirent jusqu'au XX siècle pour les nouvelles églises.
Enfin, Il est possible
aussi de montrer l'importance des villes romanes au Moyen-Age en
Europe, par cette carte des villes de l'art roman qui sont identifiées
par un rond bleu.

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